SNB LCL

DAB-GAB : LCL à l’heure des choix, entre transformation et vigilance sociale

La baisse de l’usage des espèces en France n’est plus une tendance, mais une réalité structurelle. Elle oblige les banques à revoir en profondeur leur modèle de distribution fiduciaire. Chez LCL, cette transformation est engagée, mais elle soulève des enjeux économiques, territoriaux et sociaux.

Une mutation accélérée du modèle fiduciaire

La direction de LCL constate une chute de 37 % des paiements en espèces entre 2016 et 2024, avec une nouvelle baisse attendue de 40 % d’ici 2030. Dans ce contexte, maintenir un parc dense d’automates devient difficilement soutenable.

La réponse de LCL est claire : réduire le nombre de distributeurs et abandonner le modèle historique « une agence = un automate ». Les équipements les plus anciens seront progressivement retirés, tandis que les automates récents seront conservés ou redéployés.

Parallèlement, le modèle évolue :

  • disparition programmée des DRM (distributeurs de rouleaux de monnaie) ;
  • réduction des automates de dépôt seuls ;
  • montée en puissance des automates multifonctions ;
  • fin des SAS commerçants.

Une accessibilité maintenue… sous conditions

LCL affirme vouloir préserver l’accès aux espèces, notamment en secteur diffus, avec un objectif d’accessibilité à moins de 20 km. Mais dans les faits, le maintien d’un automate dépendra des flux observés.

Autrement dit, une agence ne conservera un équipement que si son utilisation est jugée suffisante. Une logique qui inquiète, notamment dans les territoires les moins denses, où la disparition d’un automate peut rapidement devenir un sujet de mécontentement client.

Des solutions alternatives sont à l’étude, comme le recours à des commerçants via le dispositif « Relais CA » avec l’offre « CA Cash in Shop », qui pourrait permettre aux clients LCL de retirer gratuitement hors réseau. Mais à ce stade, ces dispositifs restent en réflexion.

Une transformation qui impacte les métiers

Derrière l’évolution des automates, c’est toute l’organisation du travail qui est repensée. La maintenance fiduciaire va être simplifiée, avec la mise en place d’une « maintenance réseau » assurée à la fois par des équipiers d’appui, mais aussi par des Conseillers d’agence, dans un cadre plus standardisé.

Le recyclage des billets sera également réduit dans certaines configurations et automatiquement arrêté lors de l’installation d’automates de dépôt déclarants.

Ces évolutions s’accompagnent d’une réduction des effectifs : 6 postes supprimés dans la filière fiduciaire et automates. Une décision qui interroge sur la capacité des équipes à absorber les nouvelles charges, dans un contexte déjà tendu.

Des enjeux économiques… et une nouvelle tarification

La diminution du parc d’automates entraîne une baisse des commissions interbancaires et donc du produit net bancaire. Pour compenser, la direction travaille sur de nouvelles sources de revenus.

Une première évolution est déjà visible : la facturation des dépôts d’espèces pour les clients professionnels au-delà d’un certain seuil mensuel. D’autres mesures pourraient suivre, sans que leur contour soit encore clairement défini.

Conditions de travail : un point de vigilance majeur

Ces transformations interviennent alors que les conditions de travail dans le secteur bancaire sont déjà sous tension. Les indicateurs de risques psychosociaux (absentéisme, turn-over, démissions) sont suivis, mais leur exploitation reste encore insuffisante.

Les études sectorielles confirment une exposition accrue des salariés de la banque aux contraintes organisationnelles et managériales, avec des niveaux élevés de souffrance au travail, en particulier chez les managers.

Dans ce contexte, toute réorganisation supplémentaire doit être abordée avec prudence.

Les revendications du SNB/CFE-CGC

Face à ces évolutions, le SNB/CFE-CGC porte plusieurs exigences claires :

  • Assurer de véritables alternatives opérationnelles avant toute suppression d’automate (relais commerçants, solutions de dépôt adaptées, accompagnement client) ;
  • Donner de la visibilité sur la stratégie tarifaire, en évitant toute augmentation brutale ou mal anticipée pour les clients afin d’éviter, notamment, les incivilités ;
  • Préserver les emplois de la filière fiduciaire, en limitant les suppressions de postes et en accompagnant les évolutions par de la formation ;
  • Mesurer et traiter réellement les impacts sur les conditions de travail, en exploitant les indicateurs RPS et en mettant en place des actions correctrices concrètes ;
  • Associer les représentants du personnel en amont, afin de co-construire un modèle équilibré entre performance économique et qualité de service.

La transformation du modèle fiduciaire est inévitable. Mais pour le SNB/CFE-CGC, elle ne peut se faire ni au détriment des clients, ni au détriment des salariés.