Le SNB/CFE-CGC ne comprend pas le refus des élus CFDT et FO d’être consultés sur le projet de déploiement de L by LCL Pro, ni leur menace d’action en justice pour entrave. Pour mesurer ce qui est en jeu, il faut revenir au point de départ : Easy Pro était le nom du projet pilote ; L by LCL Pro est le nom commercial sous lequel l’offre a été testée et celui retenu pour son déploiement généralisé chez LCL.
Novembre 2025 – juin 2026 : un pilote destiné à faire évoluer l’offre
Le calendrier présenté aux élus prévoyait une phase de préparation à partir de novembre 2025, une mise sur le marché en décembre, puis un bilan en juin 2026. Dans les faits, Easy Pro a accueilli une cinquantaine de clients dès le 2 décembre 2025, sans communication publique. Son lancement commercial a eu lieu le 20 janvier 2026, sous le nom L by LCL Pro. Le dossier de déploiement tire les enseignements recueillis jusqu’à fin juin.
Le projet répond à une évolution connue des salariés : des indépendants, créateurs d’entreprise et petites structures recherchent une banque utilisable principalement depuis leur téléphone. LCL voulait conquérir cette clientèle, souvent peu présente dans ses agences, en associant des parcours numériques à ses services bancaires.
L’offre envisagée au départ comportait deux niveaux. Easy Pro niveau 1, effectivement placé au cœur du pilote, était conçu comme une formule simple, peu coûteuse et centrée sur la conquête : compte et carte professionnels, opérations courantes, outils de devis et de facturation, avec une assistance par courriel et chat aux heures ouvrées. Certaines prestations, comme la monétique ou les assurances professionnelles, devaient pouvoir s’y ajouter.
Easy Pro niveau 2 figurait dans le dossier initial comme un élargissement étudié pour la cible, avec des formules plus complètes, davantage de moyens de paiement, des possibilités de financement, des services de gestion plus avancés et un accompagnement humain renforcé à distance. Il ne faut donc pas confondre les noms : « Easy Pro niveau 2 » désignait une ambition d’offre, pas la nouvelle appellation du pilote. L’appellation commerciale choisie pour le lancement, puis pour le déploiement, est L by LCL Pro.
Ce que l’expérimentation a changé
Un pilote sert précisément à tester les usages avant d’arrêter les produits, les outils et l’organisation. Le dossier initial présentait des hypothèses, dont certaines fonctionnalités restaient à construire. Le SNB/CFE-CGC avait alors demandé que soient examinés les effets sur les agences, la place des prestataires et la réalité des emplois chez LCL.
Le bilan présenté par la Direction fait état de bonnes performances commerciales, dont près de la moitié ont été apportées par le Réseau. La Direction estime également que l’effet sur la conquête des agences est resté limité. Ces résultats expliquent deux choix pour le déploiement : conserver plusieurs canaux d’acquisition — internet, partenariats et réseau — et organiser durablement la prescription par les conseillers.
L’offre doit aussi s’enrichir progressivement. Le dossier mentionne notamment les paiements mobiles et des services liés à la création d’entreprise, puis prévoit d’autres fonctionnalités, parmi lesquelles le découvert autorisé, les dépôts en automate ou un RIB invariant entre agence et offre numérique. Ce dernier point répond à une limite importante relevée dès le pilote : sans conservation des coordonnées bancaires, le passage d’une offre à l’autre est moins simple pour le client. Ces évolutions ont un intérêt concret, mais leurs dates de mise à disposition devront être vérifiées.
Le changement majeur concerne enfin la relation client et l’emploi. Le pilote reposait largement sur des prestataires, avec l’appui de salariés LCL volontaires. Pour le déploiement, la Direction prévoit de confier cette relation à LCL Mon Contact, dans un centre dédié, et de créer le métier de chargé de relation client à distance. Elle annonce une internalisation progressive, tout en conservant un recours ciblé à des prestataires pour assurer la joignabilité permanente.
À terme, le dimensionnement envisagé pour un centre est de 120 à 135 équivalents temps plein, dont 100 à 120 chargés de relation client à distance. Il s’agit d’une trajectoire, pas d’emplois déjà pourvus. La consultation doit justement permettre de demander des engagements sur leur création effective, la priorité aux candidatures internes, la formation et les conditions de travail.
Pourquoi le SNB/CFE-CGC veut que la consultation ait lieu
Le dossier soumis aux élus comprend le bilan du pilote, les évolutions de l’offre et de sa distribution, l’organisation envisagée, les métiers, l’accompagnement des salariés et un calendrier. Sa consistance permet de poser des questions précises et de défendre des garanties. Nous peinons donc à comprendre pourquoi CFDT et FO refusent d’être consultés et menacent la Direction d’une procédure judiciaire pour entrave.
Une telle procédure pourrait retarder le projet, voire en suspendre le déploiement. Si celui-ci était stoppé, les créations de postes envisagées ne se réaliseraient pas. Le SNB/CFE-CGC est favorable à ce projet de développement et veut exercer pleinement son rôle : examiner les résultats du pilote, obtenir des réponses sur les points encore ouverts et défendre les emplois annoncés. C’est aussi à cela que sert une consultation.