Le présentéisme, ce mal discret du monde du travail
Longtemps perçu comme une preuve d’engagement, le présentéisme s’impose aujourd’hui comme un signal d’alerte. Derrière ce terme se cache une réalité paradoxale : être physiquement présent au travail, parfois de manière excessive, sans pour autant être réellement productif — et souvent au détriment de sa santé.
Que recouvre le présentéisme ?
Le présentéisme ne se limite pas au fait de rester tard au bureau. Il englobe plusieurs situations : venir travailler malgré une maladie, prolonger ses journées sans nécessité réelle, consulter ses emails professionnels le soir ou le week-end, ou encore refuser de prendre des congés par peur de paraître moins impliqué. À l’ère du numérique et du travail hybride, il peut aussi être « virtuel », avec une connexion quasi permanente.
Comment l’identifier ?
Les signaux sont souvent subtils mais convergents. Fatigue chronique, baisse de concentration, irritabilité, erreurs inhabituelles ou difficulté à prendre des décisions sont autant d’indices. Du côté des organisations, le présentéisme se repère aussi par une performance en trompe-l’œil : des équipes très présentes mais des résultats qui stagnent, voire reculent. Lorsque l’absence est vécue comme une faute implicite, le terrain est propice.
Les risques pour les salariés et les managers
Pour les salariés, le présentéisme expose à des risques bien documentés : épuisement professionnel, dégradation de la santé physique et mentale, perte de motivation, voire désengagement progressif. Travailler malade ou épuisé allonge souvent la durée de récupération et peut aggraver les pathologies.
» Le burn-out, savoir dire stop avant l’épuisement « , lire l’article : Le Burn out – SNB LCL
Les managers ne sont pas épargnés. En valorisant, parfois malgré eux, la présence au détriment de l’efficacité, ils fragilisent leurs équipes et leur propre rôle. À moyen terme, le présentéisme coûte cher aux entreprises : baisse de productivité, hausse des arrêts maladie différés mais plus longs, turn-over et climat social dégradé.
« Santé mentale des managers « , lire l’article : La santé mentale des managers – SNB LCL
Comment sortir du présentéisme ?
La première étape consiste à changer de regard. La performance ne se mesure pas au nombre d’heures passées, mais aux résultats obtenus. Pour les managers, cela implique de fixer des objectifs clairs, réalistes et mesurables, et de donner le droit — explicite — à la déconnexion et à l’absence justifiée.
Le dialogue est essentiel. Repérer un collaborateur en situation de présentéisme doit conduire à un échange, non à une sanction. Comprendre les causes — surcharge de travail, manque de reconnaissance, insécurité professionnelle — permet d’agir de façon ciblée.
Les salariés, de leur côté, ont un rôle à jouer : écouter les signaux de fatigue, utiliser leurs droits (arrêts maladie, congés, dispositifs d’aménagement du temps de travail) et oser parler des difficultés rencontrées. Dire non, ou demander de l’aide, n’est pas un manque d’engagement, mais une condition de la durée.
» Savoir dire non « , lire l’article : Savoir dire « NON » au travail – SNB LCL
En filigrane, le présentéisme interroge la culture du travail. Le combattre, c’est promouvoir un modèle plus durable, où la santé n’est plus le prix à payer pour prouver son professionnalisme.